Assassinat du duc de Berry

Dans son beau livre, Les Thévot, une vieille famille du Comtat-Venaissin-Provence, généalogie, alliances, cousinages de la fin du Moyen-Age à nos jours, Marseille, chez l’auteur, s.d. [2004], l’auteur, Félix Thévot, nous rapporte des témoignages intéressants sur la manière dont la petite ville de Sarrians (Vaucluse) ressentit l’ du .

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Louis Chauvet était prêtre de Sarrians au XIXe siècle. […] Il est signataire, en tant que membre du clergé, le 27 février 1820, d’une « Adresse faite au Roi », après l’assassinat du duc de Berry, neveu du roi Louis XVIII, que nous reproduisons ci-dessous.

« Sire,

« L’horrible attentat qui plonge dans le deuil votre Auguste Famille et tous les bons Français, nous fait éprouver le besoin de porter nos vœux jusqu’aux pieds du Trône et nous enhardit à exprimer à Votre Majesté notre dévouement respectueux. Heureux si nos larmes, témoignage de notre piété filiale envers votre Auguste personne, pouvaient adoucir la plaie dont le cœur de notre bon Roi est ulcéré !

« Nous, Prêtres du Seigneur, en parlant dans la chaire de vérité, au nom du Dieu dont vous êtes le Lieutenant sur la terre, nous travaillons à vous faire des sujets fidèles ; mais que pouvons-nous contre ces écrits audacieux qui attaquent le Dieu par qui les Rois règnent, et les Rois image de celui dont le Trône est aux Cieux !

« Arrêtez, Sire, ces doctrines perverses qui arment les sicaires ; nous vous en conjurons au nom de Dieu, au nom des pères de famille, au nom de toute la France.

« Permettez, Sire, que nous manifestions un autre désir : le Père infortuné, qui pleure celui que nous pleurons tous, ne pourrait-il pas, par des nœuds que le Ciel bénirait, donner à Votre Majesté un successeur digne neveu du Roy martyr ?

« Tels sont les vœux sincères du clergé de Sarrians, des marguilliers, des administrateurs de l’Hôtel-Dieu et du bureau de bienfaisance. »

« Signé : Mazoyer, prêtre, curé ; A. Reboul, prêtre, vicaire ; Dumaine, prêtre ; Chauvet, prêtre ; l’abbé de Montfort ; Chapot, marguillier ; Lambertin, marguillier ; Ganichot, marguillier ; Rogier, marguillier ; César Plantin, marguillier ; J.L. Ducros, administrateur ; André Geay, administrateur ; Claude Plantin, administrateur ; François Dumaine, administrateur ; H. Lirac, administrateur ; Tourreau, maire. »

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Un autre texte de la même époque, imprimé à Carpentras (Vaucluse), se termine ainsi :

« Vœu contre la liberté de la presse, source monstrueuse d’impiété, de démoralisation, d’insubordination, source du mépris de tous les devoirs et de ces affections de royalisme pur et Français qui, autrefois, nous étaient si chères ; source enfin de tous les maux qui désolent la France depuis plus de trente ans. Les partis les plus divers et les plus opposés la veulent, mais c’est pour se déchirer. En nourrissant les passions de quelques milliers d’écrivains, de lecteurs et de raisonneurs, elle pervertit tout et place continuellement l’État à deux doigts de sa perte. Les bons écrits qui, pour défendre les vrais principes, s’en écartent quelquefois, ne seraient plus nécessaires si les mauvais ne pullulaient plus.

« Nous sommes toujours dans l’ivresse de la philosophie du 18ème siècle et dans celle de la révolution. Cette ivresse passera, sans doute, un jour ; alors la liberté de la presse paraîtra ce qu’elle est : la plus grande et la plus homicide de toutes les absurdités ! »

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Enfin, le conseil municipal de Sarrians signait également, le même jour 27 février 1820, une adresse au Roi :

« Sire,

« C’est avec un sentiment d’effroi et de consternation que vos fidèles sujets, les membres du conseil municipal de votre commune de Sarrians, organe des vœux de tous les habitants, viennent porter auprès du trône de Votre Majesté, l’humble expression de leur douleur profonde, en apprenant l’horrible attentat commis sur la personne auguste d’un Petit fils de Saint Louis, attentat qui couvre à nouveau la France d’un crêpe funèbre ! » […]

« C’est à vous, Sire, c’est à votre auguste Frère qu’il appartient de calmer nos alarmes : qu’une nouvelle union de Monsieur promette à la France de nouveaux lys et nos cœurs alors se rouvriront à l’espérance ! Que le glaive de la justice atteigne les coupables ; que la fidélité et une active vigilance décèlent partout la perfidie et l’imposture ; que les préceptes d’une religion sainte triomphent des doctrines impies ; que la licence de la presse soit réprimée ; que l’abîme des révolutions soit enfin fermé ; que les amis du Trône entourent le Trône ; que le Ciel, surtout, accorde à Votre Majesté des jours nombreux et plus prospères et tous nos vœux seront remplis. »

« Signé : Guérin ; Bouyer ; Fabry ; Arnoux fils ; Plantin ; J.L. Ducros ; Onde, adjoint ; Bertrand de Montfort, chevalier de Saint Louis ; Lantiany aîné, chevalier de Saint Louis ; Joannis, chevalier de Saint Louis ; H. Lirac ; Tourreau, chevalier de Saint Louis, maire. »